Quand vient le temps des retours

L’arrêt de l’expérience internationale marque une nouvelle étape dans le parcours lié à la mobilité. Ce retour vers la France ou le pays d'origine peut être établi comme la fin d’une période de transfert initialement programmée. Il peut également être imprévu et imposé par des impératifs professionnels ou personnels. Ou bien, il peut provenir d’une décision familiale concertée et souhaitée.

 

Ceux qui restent perçoivent la période des départs, souvent en fin d’année scolaire, avec une certaine appréhension. La blessure des relations temporelles y est ravivée. Entre bienvenues et adieux, les locaux voient défiler une succession de liens affectifs qu’il faut apprendre à gérer. Les amitiés se mêlent à une idée de séparation probable. La vie à l’étranger porte toujours en elle la trace de l’éphémère. Heureusement, l’accessibilité des moyens de communication permet de maintenir son réseau relationnel qui, lorsqu’il est entretenu, s’élargit et s’enrichit.

 

Pour celui qui part, certaines variables vont affecter significativement le vécu du retour. Si la décision est involontaire et inattendue, le retour sera plus éprouvant. Même constat s’il s’agit d’un primo retour, ou si la rentrée fait suite à un séjour à l’étranger plutôt de longue durée. En revanche, si les contacts avec les proches ont été conservés, et que des séjours réguliers en France ont eu lieus, le retour est alors facilité. Il existe autant d’expériences de retour que d’histoires individuelles, néanmoins on remarque quelques grandes tendances.

 

Pour commencer, la notion de « rentrer chez-soi » est assez confuse. Après une période de vie à l’étranger, riche en expériences et en découvertes, les perceptions et les impressions sont modifiées. Les lieux familiers ne sont plus tout à fait les mêmes. Il devient alors nécessaire de se réapproprier un espace antérieurement maitrisé où les repères ne sont plus identiques. Les proches ont également traversé certaines épreuves, et des expériences de vie ont impacté leurs comportements. On ne reconnaît plus tout-à-fait son entourage. En outre, les habitudes d’autrefois sont altérées, ce qui freine la mise en place des routines dans le quotidien.

 

Le « choc culturel inversé » traduit ces modifications d’un environnement qu’on imaginait le sien. Craig Storti précise que le choc du retour est non seulement inattendu mais il va à l’encontre de ce qui était présagé, c’est-à-dire un retour dans le réconfort du connu. Une curieuse impression de ne plus vraiment appartenir à son pays d’origine apparaît. Des sentiments complexes de frustration, de solitude et d’insatisfaction peuvent s’installer, accompagnés de la nostalgie du pays d’expatriation. Tout un processus de réadaptation se met alors en place pour retrouver objectivité, acceptation et stabilité.

 

Au niveau professionnel, les problèmes majeurs proviennent de l’impression de ne pas être attendu par l’entreprise à l’origine du transfert, ni d’être valorisé par l’expérience internationale. 25 à 50% des salariés quittent leur entreprise dans les deux années de leur retour à cause d’une réintégration mal préparée. Parfois c’est l’environnement professionnel dans son ensemble qui déçoit. Les niveaux hiérarchiques semblent plus nombreux, et la machine bureaucratique plus lourde. Un changement d’entreprise permet alors pour certains de retrouver un souffle nouveau.

 

Pour le conjoint, le retour peut également être vécu comme une épreuve au niveau professionnel. Si le conjoint ne travaillait pas à l’étranger, la réinsertion peut s’avérer plus ardue à cause d’une interruption de carrière. Si, au contraire, le conjoint pratiquait une activité professionnelle, le retour signifie à nouveau une rupture qui risque de raviver la difficulté d’être « suiveur». En revanche, si certaines qualifications professionnelles n’étaient pas reconnues à l’étranger, le conjoint peut être soulagé de pouvoir à nouveau exercer son métier.

 

Pour que le retour soit bien vécu, une période de deuil de la vie d’expatrié s’avère nécessaire, avant même le retour effectif. Il s' agit d’anticiper les aléas du retour, en profitant pleinement de l’environnement du pays d’accueil avant le départ, en prenant congé des amis et des collègues, en organisant méthodiquement la liste des choses à faire pour le déménagement, en prévoyant les impératifs liés à la réinsertion, et enfin, en définissant clairement son projet professionnel. Un bilan des acquis personnels et professionnels auprès d’un coach permet également de clarifier les bénéfices de l’expérience internationale, ainsi que de mettre en lumière l’ambivalence possible corrélée à l’idée de retour ; entre satisfaction de retrouver sa culture d’origine et ses proches, et, regrets de quitter une culture d’adoption et de nouveaux amis.


Une fois réinstallés, il s’agit d’entretenir les acquis du séjour à l’étranger en maintenant la pratique de la langue étrangère et en gardant contact avec les compagnons d’expatriation.

 

L’expérience internationale fait évoluer. C’est avec un regard riche de nouveaux enseignements que le pays d’origine devient un nouvel espace à définir auquel un ajustement s’impose. Le retour n’est pas un « come-back ». On ne rentre pas vraiment chez-soi quand on retourne dans son pays. On poursuit son cheminement dans une nouvelle étape à inventer, en étant toujours acteur de sa mobilité.

 

Contributeur : Magdalena Chaland, Open The Box