L’immigration, une aventure personnelle

Que l'on parte pour quelques mois, quelques années ou la vie, que ce soit désiré ou subi, s'installer dans un nouveau pays est un chamboulement.

 

Un chamboulement linguistique, culturel, psychologique. On passe par différentes phases, émotions, ressentis, qui vont varier en intensité et en durée selon les motivations et situations personnelles de chacun.

 

Nous laissons la parole à Isabelle DeArmond, psychologue, qui développe, décrit et analyse les différentes facettes de cette aventure humaine.

 

 

UN CHOC CULTUREL À DOUBLE SENS

L’immigration représente une rupture des liens avec sa propre culture, sa famille, ses amis et son entourage social. Malgré une phase initiale d’idéalisation enthousiaste de la nouvelle culture, l’immigration est avant tout ressentie comme un manque ou une perte, le manque de sa culture et de son environnement. Cette perte est parfois accompagnée de nostalgie.

 

Immigrer c’est avant tout, sur le plan géographique, mais aussi sur le plan symbolique, se séparer de sa terre natale, la France dans le cas présent. Lorsque l’on part, on laisse sur nos traces une culture, et au fil du temps, on devient plus familier avec la culture Américaine, c’est là que l’on peut commencer à découvrir la culture Française avec un nouveau regard.

 

On redécouvre ainsi ce qui nous semblait naturel et familier auparavant. Cela se fait parfois avec beaucoup d’enthousiasme, parfois avec un œil critique. Ce nouveau regard sur la culture nous oblige à redéfinir certaines de nos valeurs, ce qui est déconcertant pour nous tous et parfois même traumatique. Généralement, après une phase d’idéalisation intense, on assiste à un rejet des valeurs du pays d’immigration avant de redéfinir ses propres valeurs individuelles.

 

 

DANS LE MONDE DU TRAVAIL...

Ce choc culturel se produit dans de nombreuses situations, y compris dans le monde de l’entreprise. Par exemple, l’insistance sur le travail d’équipe, et sur la confiance en soi sont souvent déconcertantes pour les nouveaux immigrés Français. Bien que cela s’apparente à un stéréotype, la définition des qualités d’un dirigeant semble donner une importance primordiale a un style « héroïque » au détriment d’un style plus fluide, relationnel, et parfois même ambigu, ce qui est souvent le style que l’on observe en Europe. Ces différences d’emphase sont importantes à reconnaître parce que l’immigration correspond souvent à une opportunité professionnelle pour apprendre et faire avancer sa carrière. Quand la famille entière immigre, certains membres de la famille s’adaptent plus rapidement que d’autres,  ce qui crée des frictions. Les enfants bien souvent manquent du support dont ils ont besoin dans cette épreuve, car les parents sont très préoccupés par leurs propres difficultés.

 

 

LA BARRIERE LINGUISTIQUE

La langue est bien sûr une barrière pour l’adaptation, même lorsque l’on est relativement à l’aise avec la langue Américaine. La plupart d’entre nous gardons un certain accent et ceci est un signe immédiat de nos origines et nous singularise. Les personnes avec qui nous interagissons projettent sur nous des stéréotypes de ce qu’ils considèrent appartenir au caractère Français et ceci est une difficulté majeure pour établir de réelles relations. D’après mes observations, la langue Française, avec sa charmante insistance sur les nuances et les multiples interprétations, se démarque nettement de la langue Américaine et de son riche vocabulaire. La communication implicite au sein d’une culture est certainement une des plus grandes difficultés à surmonter. Nous avons tous certainement vécu la difficulté associée avec le fait d’essayer de traduire une plaisanterie. Lorsque nous parlons, différentes images et associations avec leurs propres connotations culturelles nous viennent à l’esprit. La communication implicite inclut aussi le regard, en particulier la façon de soutenir le regard de l’autre. Aux États-Unis, soutenir le regard de l’autre est considéré un signe d’honnêteté alors qu’en France, soutenir le regard de façon prolongée a une connotation négative et est considéré comme une invasion.

 

 

LA RELATION À LA FAMILLE

Les difficultés psychologiques associées avec l’immigration sont loin d’être exceptionnelles. Les relations avec les proches en France peuvent devenir tendues ; les difficultés sont souvent amplifiées par le sentiment d’être un étranger et par l’éloignement géographique. Ce sentiment d’être étranger peut être passager, mais il peut aussi finir par être projeté et se concrétiser de façon plus perpétuelle en une réalité extérieure.

 

 

UNE CHANCE, UN ENRICHISSEMENT, UN ATOUT

Les difficultés de l’immigration ne résument pas à elles seules l’expérience de l’immigration. Le tableau ne serait pas complet sans mentionner également la riche aventure et le développement personnel offerts par l’immigration. Devenir  conscient de sa culture d’origine est une chance unique de façonner son identité au lieu de la recevoir passivement et sans questions. Décider d’adopter un éventail de valeurs culturelles à partir de son expérience personnelle est un enrichissement.

 

L’immigration est certainement une expérience qui permet de développer une certaine capacité d’adaptation qui est un réel atout dans un monde de plus en plus multiculturel. Cette capacité d’adaptation est un atout dans le monde du travail, à l’école, et bien sûr dans la vie personnelle.

 

 

UNE MEILLEURE CONNAISSANCE DE SOI

Enfin, on quitte son pays pour des raisons pratiques mais aussi pour des raisons inconscientes. Découvrir les motivations de l’immigration,  la signification personnelle de la distance, qu’elle soit relationnelle ou géographique est une approche pour une meilleure connaissance de soi et pour le développement de la personnalité. L’immigration est souvent une soif, une recherche d’équilibre et d’individualisation. En tant que tel, elle peut façonner l’identité culturelle et unique de chacun et faciliter le développement personnel.  

 

 


Isabelle DeArmond Ph.D.

Psychologue agréée, Berkeley, CA

www.drdearmond.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références :

Psychoanalytic perspectives on migration and exile, L.Grinberg & R.Grinberg