L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP

Le film d'André Téchiné met en scène un trio flamboyant d'acteurs, Catherine Deneuve, Guillaume Canet et Adèle Haenel, pour un fait divers qui défraie la chronique depuis plus de 30 ans.

 

Le film est sorti en France en juillet 2014 alors que le dernier procès en assises d'une longue série venait de s'achever.

 

L'histoire en bref, dans la mesure du possible, tant les rebondissements sont nombreux et leurs implications complexes.

1976. Après l’échec de son mariage, Agnès Le Roux rentre d’Afrique et retrouve sa mère, Renée, propriétaire du casino Le Palais de la Méditerranée à Nice. La jeune femme tombe amoureuse de l’homme de confiance de Renée, Maurice Agnelet, un avocat de dix ans son aîné. Maurice a d’autres liaisons. Agnès l’aime à la folie. Actionnaire du Palais de la Méditerranée, Agnès veut vendre sa part de l’héritage familial pour voler de ses propres ailes. Une partie truquée siphonne les caisses de la salle de jeux. On menace Renée. Derrière ces manœuvres guerrières plane l’ombre de la mafia et de Fratoni le patron du casino concurrent qui veut prendre le contrôle du Palais de la Méditerranée. Tombé en disgrâce auprès de Renée, Maurice met en relation Agnès avec Fratoni qui lui offre trois millions de francs pour qu’elle vote contre sa mère. Agnès accepte le marché. Renée perd le contrôle du casino. Agnès supporte mal sa propre trahison. Maurice s’éloigne. Après une tentative de suicide, la jeune femme disparaît à la Toussaint 1977. On ne retrouvera jamais son corps. Trente ans après, Maurice Agnelet demeure l’éternel suspect de ce crime sans preuve ni cadavre. Convaincue de sa culpabilité, Renée se bat pour qu’il soit condamné…

 

André Téchiné échappe aux dangers du fait divers et surtout échappe à l'éventuelle tentation de prendre parti. Et c'est tentant effectivement tant Maurice Agnelet apparait comme le dernier des salauds, sans scrupules, sans empathie, mais aussi sans grand talent.

 

 

André Téchiné articule tout le film autour de ce personnage incarné par Guillaume Canet, parfait depuis le jeune avocat jusqu'au vieillards aux assises. Il ne l'accable pas, mais ne lui épargne rien non plus.

 

Adèle Haenel est bouleversante (mais ça, elle l'est souvent). Ce n'est pas un hasard si elle a été récompensée aux derniers Césars pour sa performance dans les Combattants. Il y a en elle une brutalité, une violence sourde qui coexistent avec une timidité si vulnérable. Elle est fragile et sanguine, froide et passionnée, belle et endiablée, calme, presque apathique et soudain sous le joug d'une folie maladive.

 

 

Quant à Catherine Deneuve, elle est juste outstanding! Charlie Hebdo peut bien faire une pauvre couverture pas très sympathique et en manque d'inspiration (ça peut arriver à tout le monde!), ça ne change rien à la très grande Catherine Deneuve. Actrice fétiche de André Téchiné, elle s'avère si parfaite dans ce rôle. La femme maitresse qui gère sa fortune de main de maitre, puis le doute, le désarroi face à la trahison de sa fille, la chute, la vieillesse et malgré tout, le combat (un combat de plus de 30 ans!). Et elle est magnifique en vieille femme jusqu'au-boutiste, ruinée mais motivée et combattante.

 

 

Alors, à la fin du film, on n'est sûr de rien, on ne peut pas trancher, mais ce n'était pas le but d'André Téchiné. Mais on a tous les éléments de l'enquête, à l'état brut, sans les a priori, les a postriori et les interprétations. Et l'on se demande encore comment ce personnage de Maurice Agnelet a pu autant déchainé les passions et exercé un tel magnétisme.

 

Petite remarque concernant le titre du film en anglais... qui tourne autour de Catherine Deneuve quand André Téchiné a tout construit autour du personnage de Guillaume Canet. Ça n'a pas grande importance, mais ne reflète pas le parti-pris artistique du réalisateur.

 

 

L'homme qu'on aimait trop

In the name of my daughter

Par André Téchiné

Avec Catherine Deneuve, Adèle Haenel et Guillaume Canet

Sortie le 22 mai 2015.

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