L’expatriation, une situation complexe

Le terme d’expatriation est utilisé dans le langage courant pour désigner une immigration, le plus souvent choisie, pour des raisons professionnelles ou personnelles. En réalité, le véritable statut d’expatrié fait référence au droit de la Sécurité Sociale qui différentie le détachement de l’expatriation. De nos jours, ce statut est devenu rare car couteux pour l’entreprise. La plupart des français travaillant à l’étranger sont sous un contrat local.

 

On compte actuellement 2,5 millions de français à l’étranger, dont près de 200.000 sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis, avec une forte majorité de résidents sur les côtes est et ouest. Environ 70% d’entre eux sont des hommes, et parmi eux 70% sont en couple, voire en famille.


L’aventure vers l’international est motivée par différentes raisons. La première est professionnelle. Le fait d’accroître son expérience, ses responsabilités et ses compétences peut être perçu comme un accélérateur de carrière. Selon un sondage de l’Expansion de 2010, les expatriés sont principalement motivés par l’intérêt du poste proposé pour accepter de partir. Dans le même registre, les étudiants voient leur séjour à l’étranger comme un atout majeur de leur parcours. Une autre raison est économique, avec une attente de hausse des revenus. Enfin, le désir de vivre un changement de vie est également un mobile non négligeable. Il correspond à une volonté de découvrir une autre culture, d’améliorer l’acquisition d’une nouvelle langue, et/ou même de casser une certaine routine.

 

Plusieurs éléments interviennent qui vont moduler l’expatriation. En particulier la situation familiale jouera un rôle non négligeable.


L’expatrié célibataire s’investit souvent totalement. Tant dans le domaine professionnel que social il se donne pleinement dans ce qu’il considère  fréquemment comme une opportunité de réussite. Au niveau amical, il apparaît une grande solidarité entre expatriés d’origines diverses. Ce besoin de se créer un réseau relationnel est d’autant plus exacerbé qu’il existe un risque important de se retrouver isolé, un peu perdu, ou même dans une situation de profonde solitude.


Pour les expatriés venus en famille, d’autres défis sont également présents. La famille expatriée devient nucléaire, c’est à dire limitée au noyau central que sont le couple et éventuellement leurs enfants. Cet isolement renforce parfois considérablement les liens qui unissent les membres de la famille. Avec une certaine créativité, la famille nucléaire devra apprendre à se débrouiller de façon indépendante et autonome. Or, la moitié des échecs d’expatriation provient de soucis rencontrés par la famille du migrant. Selon Claudie Bert, auteur du guide S’expatrier en famille, "les expatriés divorcent 40 à 60% plus souvent que les cadres sédentaires". Il est donc primordial d’accéder à un consensus familial, d’être à l’écoute des besoins de chaque membre de la famille, et d’apporter une écoute bienveillante sur leur vécu. L’expatriation peut être un enrichissement à la fois personnel et aussi familial.

 

Les relations avec la famille restée au pays peuvent être également assez complexes. Avec la décision de partir, l’expatrié ressent parfois la culpabilité d’être absent pour ses proches. Face à l’annonce du départ, ces derniers montrent un panel de réactions quelque fois peu prévisibles… Cela peut passer par des encouragements empathiques, un sentiment d’accomplissement par procuration, une fierté, une convoitise, une incompréhension, des reproches culpabilisants, ou même un sentiment d’abandon. Le départ puis l‘absence modifiera certainement les relations, mais elles peuvent également gagner en qualité.

Un lien plus intense peut se créer lors des différentes visites, en particulier lorsque chacun se montre disponible. Dans l’absence, les souvenirs les plus heureux, et même des périodes nostalgiques liées à l’histoire familiale peuvent resurgir. Les relations gagnent en piment en renonçant à leur routine.

Toutefois, pour maintenir vivante la réalité des parents éloignés auprès des enfants, leur représentation au travers d’un arbre généalogique, d’un album photo familial accessible, ou même de récits audio enregistrés par les plus anciens, peut être un bon support.

Avec les moyens de communication actuels, les contacts sont aussi facilités. Que ce soit par téléphone, par l’utilisation des réseaux sociaux, ou par vidéo conférences, un certain type de rapprochement se maintient. C’est un nouveau modèle de présence. L’envoie de colis génère également un fort impact émotionnel qui peut réactiver de tendres souvenirs, satisfaire le goût enfantin des surprises, et pallier certains manques culturels, comme par exemple des produits du terroir.

 

L’expatriation soulève bien de nombreux défis. Afin de parvenir à les surmonter c’est principalement en soi qu’il faut puiser. L’adaptabilité, la curiosité, le sens de l’humour, la résistance au stress, la tolérance à la frustration, l’ouverture d’esprit, la capacité à se remettre en cause, de même que la confiance en soi sont des ingrédients majeurs sur lesquels compter. En parallèle, une organisation de vie qui satisfasse les besoins individuels de chacun est à mettre en place: il y a d’une part une vie quotidienne stable à installer, mais aussi un bien-être physique à trouver, un réseau relationnel satisfaisant, et enfin un développement et un enrichissement de son savoir-être. L’expatriation devient alors une réalité moins complexe, mais plus complète.

 

Magdalena Chaland

Life Coach
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